L'arganier : un arbre qui remonte à la nuit des temps… ou presque
Derrière l'arganier, dont les chèvres n'hésitent pas à escalader les bras tortueux pour se délecter de son feuillage et de ses fruits, se cache un arbre de vie, précieux pour les hommes et les femmes. Trois millions de personnes vivent de l’extraction de cet or liquide qu'est l'huile d’argan.
Un arbre endémique du Sud-Ouest marocain.
Cet arbre ne pousse que dans la terre aride du Sud-Ouest marocain, dans la région de Souss, dans le triangle formé par Agadir, Marrakech et Essaouira.
Ses fruits sont exploités depuis des siècles par les populations berbères.
Un arbre à la résistance hors du commun
Apparu il y a 80 millions d’années, l’arganier est le seul de son espèce à avoir survécu sur un terrain aussi sec et caillouteux.
Grâce à des racines immenses qui vont puiser l’eau jusqu’à 30 mètres de profondeur, il ne craint pas la sécheresse. Si cette dernière se prolonge pendant plusieurs années, il perd ses feuilles et fait le mort… avant de ressusciter et bourgeonner dès le retour de l’humidité.
Un arbre aux nombreux bienfaits
Véritable cadeau du ciel pour les populations berbères, ce « buisson ardent » du désert est d’ailleurs perçu comme tel.
Son huile est offerte, en même temps que le miel, en signe de bienvenue aux visiteurs. Il est vrai que les habitants de l’arganeraie y trouvent des réponses à plus d’un besoin vital : son bois très solide, à la fois matériau de construction et combustible, offre les moyens de s’abriter et de se chauffer. Ses feuilles et la pulpe de ses fruits servent de fourrage pour le bétail (chèvres et dromadaires). Pressées, ses amandes fournissent une huile, véritable élixir, utilisée pour ses vertus à la fois gustatives, médicinales, et cosmétiques…
Mais les bienfaits de la nature ont aussi un prix : il faut plus de trente kilos de fruits secs, et quinze heures de travail pour arriver à un litre de cette huile sans doute la plus rare et la plus précieuse au monde.
Une variété aujourd’hui menacée
Deuxième essence forestière du Sud-Ouest marocain, l’arganier couvre plus de 800000 hectares. Mais jusqu’à quand ?
Malgré son statut particulier (en tant que forêt domaniale où les habitants jouissent de droits coutumiers d’usage), l’arganeraie est aujourd’hui menacée. Près de la moitié de la superficie de la forêt a déjà disparu et six cents hectares continuent de se volatiliser chaque année…
Car si elle a su s’adapter à une nature sans concessions, l’arganeraie est vulnérable face aux agressions de l’homme. Surpâturage et surexploitation du bois, intensification de l’agriculture et des cultures maraîchères sous serre pourraient-ils détruire en quelques décennies une richesse venue de la préhistoire ?
Il est donc urgent de protéger et de redonner à cet arbre toute sa place en favorisant une exploitation économique qui respecte son rythme et son environnement social et écologique.
Heureusement, la prise de conscience de la richesse de ce formidable patrimoine naturel a déjà commencé.
Le groupement marocain a ainsi obtenu le classement par l’Unesco de l’arganeraie en tant que réserve de la biosphère. À la clé : la mise en place d’un programme écologique et économique, avec des actions bénéficiant de partenaires dans le monde entier. Au coeur de ces projets, des coopératives de production et de commercialisation de l’huile d’argan ont été créées à la fin des années 90 permettant à l’arganier de retrouver une valeur commerciale, et aux femmes berbères de gagner en autonomie.